Tanzanie

 

1998


Expédition au kili du 14 au 23 août 1998.

En cours de construction... Aussi!!!

En swahili, kilima signifie "montagne" et njaro "grande".

 

Vendredi 14 aôut 1998 - Nairobi Kenya:

Vol Boeing 767 pour Nairobi, au Kenya. Mes voisins de cabine me montrent dans le petit futé que 30 à 40 % des gens arrivent en haut du Kilimandjaro. Je sens un peu la tension monter. C'est le stress qui monte, pas moi.

Arrivée à la capitale du Kenya. Halte sympathique le soir sur la terrasse d'un hôtel restaurant animé par un un excellent groupe de chanteurs africain. Je goûte aux viandes exotiques d'antilope de zèbre et d'autruche. C'est bon, très tendre, pas trop fort, de la viande très marinée …

On dort confortablement trois par chambre. Le climat est tempéré (20 °C).

 

Samedi 15 aôut 1998 - Moshi :

Départ en car pour Moshi, en Tanzanie. A la frontière kenyane, on doit sortir du car pour des formalités. Immédiatement, nous sommes agressés par femmes et enfants vendant colliers et bracelets … Je profite de l'arrêt pour chercher des toilettes. Un kenyan me conduit dans un bidonville, un sorte de coupe gorge où je traverse une maison, puis une cour où des femmes préparent la viande, enfin une autre cour où je "sens" que je suis arrivé. Quelle puanteur, j'ai du mal à pousser la porte … Sur le chemin du retour une très vieille femme me met un bracelet sur le poignet en me disant : "present", "gift" … Ses oreilles sont ouvertes d'avoir porté leurs traditionnelles boucles d'oreille. Son cou porte un nombre invraisemblable d'ornements à perles multicolores. Elle me touche de son regard et me fait signe de partir avec le bracelet. Son regard exprime toute la beauté, la gentillesse et la tristesse que peut raconter un visage. Elle me demande de la photographier pour un dollar. Je suis ferré, pris au piège. Tout le monde se moque de moi. Gilbert, un de mes futurs compagnons d'ascencion, me prêtera un dollar. Il a désormais un sujet de raillerie, la légende de ma nouvelle copine au Kenya est créée.

Le voyage nous semble terriblement long, nous changeons trois fois de bus en sept heures. Nous sommes très inconfortablement assis et la route est trouée, non bitumée en nombreux endroits. C'est l'Afrique! A midi, nous mangeons dans un hôtel de luxe, en terrasse. Des oiseaux au long bec sont perchés sur de gigantesques arbres au-dessus de nous. Une tache froide mouille mon tee-shirt. Quelque chose portant une forte odeur pestilentielle est venu s'écraser dessus pendant le repas. On s'écarte de moi. Après avoir bien ri, nous comprenons qu'il s'agit des fruits de cet arbre et non des oiseaux.

La crise de fou rire revient quand je reçois le "tournedos stirloin" que j'avais commandé. J'avais précisé une cuisson "rare", c'est à dire bleue pour les anglais. Lorsque je coupe le morceau de viande, je sens une résistance en son cœur. Je suis même contraint de pratiquer une découpe tout autour du morceau. Je finis par en extirper une carotte qui était enfilée dans le steack... et comme j'avais demandé ma viande très saignante la carotte était crue. L'eusses-tu cru ?

Panique ensuite au moment de l'addition. On leur demande de compter en dollar US et de faire rapidement une addition séparée car nous sommes pressés. Pas de problème (Akouna ma tata). Ici les femmes semblent tout gérer. Les hommes sont de simples serveurs. Après une demi-heure, notre chauffeur, européen, devient fou. Ils n'arrivent pas à faire l'addition. Finalement, après trois quart d'heure de leurs laborieux calculs, on a estimé ce qu'on leur devait et on a laissé une montagne de billets inflationnistes sur la table pour rejoindre notre car. En route vers Moshi.

Je suis surpris des changements brusques, immédiats, de végétation. D'abord de la steppe, puis tout à coup des acacias parasols chétifs apparaissent. L'herbe vient après et les acacias prennent leur belle et fameuse dimension. On voit désormais de nombreux bourricots sur la route … En faisant attention, on aperçoit quelques zèbres, des zébus, …et sur tout le chemin des massaïs avec leurs casse-tête, leur bâton et parfois leurs lances. Ils sont sur le bord de la route, attendant on ne sait quoi... Certains font de l'auto stop, ce à quoi répond notre chauffeur par la négative d'un coup d'essuie-glace. On traverse des villages où on les voit travailler sur le bord des routes … Portant des bananes, fabriquant des briques ou cousant sur leurs vieilles machines Singer. A mon grand étonnement, un nombre extraordinaire de salons de beauté "beauty hair saloon" tiennent l'affiche dans ces bidonvilles. On voit aussi dans cette misère de superbes vélos flambant neuf et des affiches cocacolesques.

Derrière un virage on aperçoit pour la première fois le Kilimandjaro, majestueux, magique, un rayon de soleil illumine les étincelantes neiges éternelles de son sommet. C'est pour lui que je suis là, en Tanzanie. C'est pour vous aussi mes enfants.

Plus on avance et plus on voit de jeunes massaïs converger vers un immense rassemblement … Ils sont habillés, mouchetés de leurs peintures de guerre. C'est l'époque des circoncisions et des centaines de jeunes se concentrent tous vers une immense et mystérieuse célébration.

Finalement on arrive à l'hôtel de Moshi qui était certainement à sa belle époque un des grands hôtels de la ville. On est logé deux par chambre et on nous demande de vérifier toutes les plomberies avant d'en prendre possession. Je partage la chambre avec un compagnon ronfleur, super Gilbert et sept moustiques que j'ai collés au mur avec la technique de l'oreiller écraseur.

Première et seule réunion d'information à l'hôtel autour de Carlo notre guide. Petit briefing où il nous explique les difficultés et les risques de l'ascension. Il prédit à tous le mal des montagnes, nausées et maux de tête. Lui-même prend du Diamox pour les deux derniers jours d'escalade. Il a vu des personnes gagnées par l'ivresse des cimes qu'on devait rattraper car elles perdaient leur contrôle pour courir comme des fous vers le sommet, risquant l'accident. La tension monte. Il est très calme, le succès de l'ascension dépend en grande partie de notre capacité à ne pas marcher trop vite. Petit topo au tableau sur notre parcours. On devra payer un droit d'entrée de 380 US$ pour accéder au kili.

Notre groupe est scindé en deux. Je fais la voie Machamé appelée aussi la "voie Whisky" avec Alain 37 ans, Marc qui fêtera ses 50 ans la haut, sa compagne Catherine 38 ans et leur fille Emilie 19 ans. La voie Machamé est indiquée comme étant la plus belle car la plus variée et on effectuera la redescente par la voie Marengu. Nous passerons donc par dessus le volcan. Les six autres montent et redescendent cette voie Marengu dite aussi "voie Coca-Cola" car plus facile. Cette seconde voie est plus pratiquée et ils dorment dans des refuges avec une logistique plus importante.

Il faut préparer son équipement pour le lendemain matin. Le dilemme avant de partir sera le choix des chaussures. Nous devons escalader dans une boue qui devrait dépasser le haut de nos souliers. Le sol est décrit comme un entrelacement de racines où s'accrochera la moindre sandalette. Je dispose d'une paire de chaussure bateau pour le voyage du retour que je peux perdre dans la bourbe. l'autre choix consiste en mes "dolomites" de trekking qui, remplies de boue pourraient plus tard devenir dures avec le froid.

Laissant ces questions, on a le temps de sortir un peu sur le marché de Moshi. On est les seuls touristes … L'un des notres, Mathieu n'est pas rassuré du tout. Il n'y a rien à acheter, tout à regarder. On passe en cinq minutes devant trois mosquées. C'est impressionnant d'être les seuls touristes dans un marché complètement noir de monde, noir de noirs. Ils sont gentils, accueillants, veulent parler …

 

 

Dimanche 16 aôut 1998 :

Premier jour d'escalade. Moshi – 1500m - Machame Hut - 3050m–

Le choix stratégique des chaussures a été fait. Je prends mes chaussures de marche avec les guêtres dans mon sac. ce sera le bon choix.

Conduite une heure en bus vers l'entrée de la voie Machamé. On traverse un nuage, les essuie-glaces sont en action. Le bus s'arrête et on doit déclarer notre ascension devant une inquiétante pancarte de mise en garde. Première rencontre avec notre guide Michael, un assistant guide au nom très local Maisouestuornicar ou un nom comme ça (Je l'appellerai Jean car ce sera plus simple) les cuisinier et les porteurs, tous Tanzaniens. Carlo le français, fera la voie Marengu sans nous.

On monte dans une jungle équatoriale luxuriante de palmiers, lianes, fougères géantes et lichens. … Le sentier est raide et sombre. La montée est soutenue, pas trop difficile, elle durera cinq heures.

Des enfants nous accompagnent la première heure en nous disant simplement bonjour de leurs yeux rieurs et avec un magnifique sourire. L'un d'entre eux – environ 6 ans – a emporté son jouet : Une petite roue blanche accrochée à un bout de ficelle fixé à un bâton. Il la regarde tourner en marchant.

Pendant cette première période un nombre incroyable d'enfants nous propose de louer des bâtons pour l'ascension. Je trouve finalement le mien sur le bord du chemin, il me sera très précieux pour la suite. Accroché à lui pendant toute l'ascension, je me suis entêté à le ramener jusqu'à Paris. Ma chemise est rapidement trempée et colle à la peau. Les troncs des arbres sont couverts de lichens et de mousse. On entend les singes jouer en haut des arbres. Impossible de les apercevoir…

On doit boire énormément, 4 à 5 litres d'eau par jour. Je me force à boire. On a envie d'accélérer mais les porteurs sans cesse nous disent "Pole Pole" (doucement, doucement) …

Nous arriverons finalement en deux groupes. Alain et moi, puis les trois autres. A l'arrivée les tentes sont déjà dressées. J'examine mes pieds: Ils sont plutôt en bon état. Ca y est, on est sale. On ne peut pas se laver, même le visage. La cuvette d'eau chaude placée devant la tente est pour 5 personnes. Tout le monde trempe ses mains. On remplit nos gourdes puis on ajoute les pastilles dans l'eau. Heureux d'avoir passé sans trop d'effort cette première étape. On dort sans effort …

Bivouac.

 

Lundi 17 aôut 1998 :

Deuxième jour d'escalade. Machame Hut – 3000m - Shira Hut - 3800m–

Nous devons donc atteindre les 3800 m, 5 heures de marche sont prévues. Nous avons une tente pour deux où je tiens tout juste en diagonale.

Carlo, notre guide nous avait demandé de démonter nous même les tentes pour les préserver de l'énergie peu délicate des porteurs.

Nous sommes parti… Le sentier serpente dans un univers de roches volcaniques, héritage de la dernière éruption, il y a … 100 000 ans environ. Les porteurs que l'on croise nous lanceront parfois à mon grand étonnement "Zinedine Zidane !! ". Je reprends par "Champions du monde" sous le rire de mes interlocuteurs. On quitte la forêt pour commencer à voir les fleurs géantes (sénéçons) qui apportent une rafraîchissante touche verte sur une terre des plus arides. Je mène fièrement la marche de notre petit groupe. Le soleil tape et les nuages montent derrière nous. Au loin on aperçoit le mont Meru tout auréolé de nuages. Cette journée semble plus dure que la première. Toute la réussite est dans la préparation avant le départ (You have to be fit !) et dans le rythme.

Le sentier s'oriente à l'Est vers le plateau de Shira.

A l'arrivée, nos guides sont ahurissants : Ils portent deux sacs ficelés l'un sur l'autre sur leur tête. Ils sont simplement impressionnants ! Chaque fois qu'on les croise, on leur dit "Jambo"  ( Bonjour ).

Ils répondent en général par un sourire ou par "Jambo Jambo". Les porteurs font en moyenne une ascension par mois. Nous sommes leur gagne pain.Une fois arrivés à l'étape, ils sont là pour nous avoir devancés par un raccourci.

4000m – Vue superbe, exceptionnelle sur le Kilimandjaro. On voit le sommet, très majestueux. Chaque arrêt nous le présentera différemment. La forêt change beaucoup, de tropicale à une végétation plus rare. Les points d'arrivée sont plus clairsemés car les porteurs coupent le bois pour alimenter les feus en dépit des mises en garde des différents tour opérateurs. J'en ai tout de même vu porter des arbres entiers sur leurs têtes. A l'arrivée ils montent nos tentes, plus une tente mess pour les repas. Elles sont plus ou moins installées sur des cailloux. Les matelas mousse karimat semblent un peu justes, nous prenons cependant un peu l'habitude à dormir près du sol. Au-dessous de nous la vallée se perd dans les nuages.

Un phasme se promène tranquillement sur nos assiettes. Depuis l'hôtel en bas nous ne nous sommes pas encore lavés. Pas de point d'eau! A l'arrivée tout de même nous trouvons un mince filet d'eau qui alimente en cascade deux petits trous de 80 cm de diamètre. Cette eau est quasiment stagnante. Il s'agit de ne pas la remuer pour éviter de la rendre boueuse.

J'en profite pour faire ma toilette et me raser sommairement. Je tente de laver quelques vêtements. Sensation formidable après 6 heures de marche que celle d'enlever ses chaussures et tremper ses pieds dans l'eau glacée. Je regarde mes pieds, ils ne sont pas trop abîmés. Mes chaussures sont donc bonnes. Trois autres groupes faisant aussi la voie Machamé sont là. Un chinois se met torse nu à quatre pattes pendant que sa femme l'asperge d'eau glacée. Une américaine nous refait un remake de la scène de la scène du film "out of Africa" où Meryl Streep penche sa tête pendant que son compagnon lui rince les cheveux. L'eau claire est précieuse, nous la prélèvons pour la rendre au talus qui borde le ruisselet.

La peau me brûle de ce soleil à 4000 mètres. Nous remplissons nos gourdes.

Les porteurs feront toujours bande à part. Nous discuterons avec eux mais ils ne se mélangeront pas, mangeant de leur côté. Ils dînent d'ailleurs différemment de nous, une sorte de mil qu'ils trempent dans l'eau pour faire des boulettes.

Soir – 17 heures (sic) – dîner. Ils nous font des frites et des crêpes suzettes à 4000 m !!! Mais c'est délicieux là haut …. copieux et énergétique : Riz, poulet, salade de banane et de papaye , mangue … Tous les soirs, nous avons droit à de la soupe et du thé. Tout est bien préparé. Le service est fait par notre guide qui signale sa présence devant la porte pour faire le service par un "Allôôô".

Ce sommaire repas est tellement attendu que c'est toujours par un chaleureux "Asante" que nous lui répondons (Merci).

 

18h 30 - Le soleil se couche devant nous et éclaire les autres camps dans une vallée plongée déjà dans la brume. J'assiste à un coucher de soleil extraordinaire. Derrière nous brûlent les feux de camp des porteurs et au-dessus d'eux le kili est majestueusement éclairé. Je ne sais plus dans quelle direction photographier. Le soleil tombe à une vitesse incroyable. Un oiseau se pose là sur un rocher bossu. L'astre n'est pas encore caché qu'un froid glacial nous saisit en quelques minutes. Nous devons sortir nos polaires. Demain, on se lève à 7 heures pour partir à 8 heures. La durée prévue de marche est de 8 à 10 heures. Mes cervicales souffrent, fortement sollicitées par le sac à dos.

Les hommes se rasent à l'eau froide.

Couché sous la tente - Comme déjà hier, les porteurs parlent haut et fort juste derrière nous. Ils semblent increvables. La tente est encore installée sur un sol en pente. L'inclinaison me fait glisser sans arrêt vers le bas et chaque mouvement pour reprendre une situation comfortable semble surhumain à cette altitude. Mon sac de couchage n'est pas très chaud, et certainement, je vais devoir dormir avec mes polaires en haut.


 

 

Mardi 19 aôut 1998 :

Troisième jour d'escalade. Shira Hut – 3800m – Barranco Hut - 3000m–

7h: On se prépare à partir. Petit déjeuner copieux. Ils prévoient entre 6 et 8 heures de marche. On fera l'ascension des trois pics en 5 heures. Ca devient plus dur. J'ai mal à la tête et je prends pour la première fois du doliprane. Les vues sont superbes, magnifiques. Le volcan nous regarde, il semble proche désormais. Nous devons contourner glacier blanc. On grimpe pour redescendre aussitôt une vallée dans une végétation très clairsemée, parfois lunaire, puis parsemée de fleurs géantes. Nous traversons des champs d'immortelles des montagnes. Les séneçons et lobellies géantes poussent partout. L'altitude me pèse et j'ai le souffle très court. Je prends encore du doliprane. J'enfile ma veste gore tex pour me protéger du soleil et porte mes lunettes de haute montagne. Nous arrivons au pied du kili. Il est encore différent. Le site de Barranco Hut est situé au fond d'une vallée encastrée.

Des nausées me gagnent, puis un fort mal de tête. Je me couche une heure pour essayer de récupérer. Catherine m'indique qu'on peut se laver. Je quitte alors le campement pour une petite source située à 10 minutes. C'est extraordinaire, comme dans les films: une cascade pure sort des rochers, dans un coin abrité. Je me rase puis me lave complètement sous l'eau glacée de la montagne.

Le soleil se couche sur le glacier. Cette journée est la journée d'acclimatation à l'altitude. La vue est magnifique.

Nous mangeons très copieusement sous la tente mess. Soupe, pâtes, pommes de terre, viande, toujours du thé chaud et une salade papaye banane.

J'ai récupéré. Il est 19 heures, je vais me coucher.

 

Mercredi 20 aôut 1998 :

Quatrième jour d'escalade. Barranco Hut – 3800m – Barrafu Hut - 4550m–

Lever 7 heures et départ à 8 heures. Pour débuter cette dernière journée de marche d'approche, on s'offre l'impressionnante montée de la muraille de Barranco. Aucune difficulté technique mais il ne faut pas regarder en bas …et c'est une belle falaise qu'il faut tout de même escalader. Pente raide pendant 3 heures, déjeuner, puis 4 heures encore d'ascension. Nous grimpons au-dessus des 4000m. Ca y est, nous atteignons la hauteur du Mont Blanc. C'est la zone du désert d'altitude. Nous grimpons des espaces de cailloux et de gravillons, résultat d'anciennes coulées de lave.

Lors de la montée, on demande à Michael a quelle altitude on se trouve. Il nous répond "Deux heures !". La terre est meuble comme du sable. On voit de prêt le sommet désormais. Le défi est là, en face de nous. Très honnêtement je ne comprends pas par où nous pourrons entreprendre l'escalade. La vue est de nouveau différente, magnifique de beauté. Les nuages semblent descendre sur nous. L'excitation est à son comble On attend un rayon de soleil pour se réchauffer et se rassurer pour l'assaut de demain. Les porteurs nous donnent les dernières instructions. C'est comme toujours très sommaire … Emporter l'eau et prendre du papier toilette? Se couvrir chaudement. Il fait froid. On dort tôt.

C'est demain jeudi que les choses sérieuses commencent.

 

 

Jeudi 21 aôut 1998 :

Cinquième jour d'escalade. Barrafu Hut – 4600m – Uhuru Peak - 5895m– Horombo – 3720m

Le jour J …. 6 heures de montée puis 7 heures de descente.

Le programme : Réveil à 23 heures. Départ à 24 heures pour assister au lever du soleil sur le Kilimandjaro. Donc on prend un repas très énergétique à 16h30. Soupe aux champignons, pomme de terre, viande, pâtes, thé. On se couche juste après le repas.

19h30 - Je prends des médicaments stilnox pour être sûr de dormir les 4 heures de sommeil + diamox ( mal des montagnes ).

21h30 – Je sors excédé de la tente… Les porteurs discutent fort et mettent à fond leur radio la tente d'à côté. Impossible de dormir. J'hurle ! Ils se taisent. Tout rentre dans l'ordre.

23heures – Les sauvages! Nous sommes réveillés par notre guide. C'est la nuit. Petit déjeuner sur une nappe dehors par moins 10°C ! Un thé brûlant et des biscottes. C'est tout!

Nous enfilons notre harnachement: Sous-vêtements spéciaux, veste polaire, gants + moufles, passe montagne et lampe frontale. On emporte du PQ + 2 litres d'eau. On ne pourra plus se ravitailler et les porteurs ne nous suivent plus. On les retrouvera en bas.

L'ascension se fait d'abord facilement, en cortège, dans un silence impressionnant. Au début, certains groupes ont assez de souffle pour chanter. Notre guide scinde notre groupe en deux. Alain, Emilie et moi sommes placés en tête. On avance vite laissant derrière nous les lumières des autres groupes. On les voit au loin à présent. Le ciel est très étoilé, magnifique. On s'arrête peu pour boire une eau glacée ! Personne n'a pensé à mettre des boissons chaudes dans sa gourde !

Sept heures de marche sont prévues sans déjeuner. Ca n'arrêtera pas de grimper. Désormais, il n'y a plus de faux ni de vrai plat. Notre guide voit ses piles s'user, puis sa lampe s'éteindre. Nous changeons chacun nos piles, nous éclairant mutuellement à tour de rôle. La marche est difficile. La pente devient très raide. Je peine plus que les autres cette fois-ci. Dans cette poussière, on avance de deux pas et on glisse d'un. C'est très dur. Pour moi tous les prétextes sont bon pour s'arrêter. On s'encourage, on a tous du mal.

Au bout de 4 heures, on aperçoit enfin la glace. Nous sommes juste au pied des glaciers Ratzel et Rebman. Il fait nuit noire, la température est bien au dessous de zéro maintenant. Notre guide enfile des crampons sous ses chaussures. Aucun de nous ne porte des crampons. Ses crampons à lui ne sont pas adaptés. Ils ne tiennent pas. On a froid. Il les réajuste. On l'attend … Nos pieds sont glacés. Je lui demande d'avancer. Il n'écoute pas.

La montée dans la glace est difficile car la surface de nos semelles est légèrement plus grand que les reliefs de la glace. L'altitude me fait arrêter tous les 5 ou 6 pas. J'ai à nouveau des nausées. Alain s'arrête de nombreuses fois pour vomir. Le sang frappe à toute vitesse nos tempes. La tête est lourde, le souffle court, l'oxygène devient rare. On marche, en éclairant et regardant nos chaussures. Le secret de la réussite, c'est le rythme. Le dernier mur de glace sera le plus compliqué. Chaque pas me semble insurmontable. Le soleil ne s'est toujours pas levé … Finalement on se hisse en haut épuisés, heureux. 4 heures de sommeil, l'altitude et l'effort physique nous ont achevés. J'avoue avoir douté plusieurs fois.

Après 5 heures d'ascension, nous arrivons au Stella Point (5800m). Ce sera le premier et l'ultime diplôme pour certains.

En haut, il faut encore faire un dernier effort pour arriver aux 5895 mètres du toit de l'Afrique. J'essaye de continuer et tombe, mes muscles ne répondent plus. Les chaussures pèsent des tonnes. Je ne peux pas encore avancer et laisse partir les autres qui suivent la crête entre les cratères. Encore une heure de marche. On franchit des passages glacés de 20 cm de large. "Pole Pole" ….Finalement je demande au guide de m'aider et je marche encore 1 heure 30 pour rejoindre mes camarades, épuisé. Emilie à les pieds gelés au point qu'elle me demande si c'est dangereux.

Le bonheur et le spectacle sont à l'arrivée.

On doit descendre encore 7 heures.

Le retour est tout aussi pénible. Le sol est complètement verglacé car le soleil s'est levé. Le passage semble encore plus étroit sur le retour. Je me sens handicapé. C'est la première fois que je me sens tellement démuni dans un effort. Sur du plat, chaque enjambée me met au bout de ma respiration. Nou s redescendons laborieusement, je freine le groupe. A 4700m, c'est presqu'un miracle, les nausées disparaissent complètement.

Nous dévalons finalement au pas de course une pente de poussière de lave. Un allemand tyrolien en culottes courtes fonce, face à la pente, puis s'arrête pour vomir sa bile et repartir de plus belle …

Nous arrivons au refuge de Kibo Hut. L'autre équipe de la voie Marengu est déjà là. Certains dorment et ronflent déjà. Nous nous regardons, heureux, presque hébétés. Nos visages sont marqués par une fatigue de presque deux semaines. Un seul d'entre nous n'aura pas pu atteindre la première étape, le "Stella Point". Quatre autres n'auront pas atteint le sommet final.

 

Vendredi 22 aôut 1998 :

Sixième jour de descente. Horombo – 3720m – Moshi – 1550m

Nous n'avons pas dormi depuis hier.

13 h – Enfin nous avons droit à un bol de soupe et du gâteau. Nutella. Il faut repartir. Je me sens à nouveau en forme. De toutes façons, il faut repartir. On a encore 3 heures de marche vers le camp. On traverse à nouveau un magnifique champ de sénéçons géants.

Nous prenons encore la peine de faire un détour pour visiter un petit cratère. Les premiers singes font leur apparition, des dark face qui se laissent tomber d'arbre en arbre, totalement indifférents à notre présence. L'arrivée est annoncée par les premiers enfants qui chantent leurs chansons kilmandjaresques, espérant une pièce de monnaie. Ils s'accrochent tellement qu' Emilie seule arrive à les décourager avec son vocabulaire Swahili "Napala Asante".

Epuisés, on est arrivé. On doit remplir les formalités de sortie du parc. On a réussi ! Sur la plupart d'entre nous les symptômes de l'altitude ont disparu. Heureux d'être en bas. De mémoire j'amais je n'aurai autant apprécié une douche, jamais elle n'aura été aussi bonne et aussi longue.

Le soir j'écris les premières traditionnelles cartes postales.

 

Samedi 23 aôut 1998 :

Moshi – Nairobi

Ultime départ à 11 heures du matin… Photo de groupe et échange traditionnel d'adresses pour le retour. Sortie du parc, cérémonie d'adieux (et du pourboire) à nos valeureux porteurs.

Finalement nous sommes heureux tout de même de rentrer.